Les émotions chez l’enfant

Les émotions font partie intégrante de la vie, et sont particulièrement prégnantes dans le métier de psychologue.
Quelle place ont-elles dans le développement du tout-petit et de l’enfant?

Différentes formes émotionnelles existent : les émotions primaires qui codent socialement nos échanges considérés comme les six émotions fondamentales : Peur, joie, dégout, tristesse, colère, surprise ; et les émotions esthétiques qui, au contraire, s’accordent aux variations subtiles inhérents aux contextes sociaux et relationnels complexes : honte, envie, amour, empathie...
L’émotion de l’enfant est toujours visible et perceptible par un observateur, il n’y a pas de différence de nature entre l’émotion et l’état affectif, c’est une question de moment de l’expression ressentie et de degré de ce ressenti.

Le bébé et les émotions

Dès la naissance, lorsqu’un parent et son bébé se regardent, la mère (le père) interprète le sens de l’émotion observée sur le visage du bébé et imite, en miroir, ses mimiques, en les exagérant – dans le sens de l’émotion attribuée – en les accompagnant d’une musique vocale (prosodie), puis en la nommant verbalement (ex. : « tu souris parce que tu es content ! »).
Ainsi, le parent communique à l’enfant le sens affectif de cette expression. Cette réaction provoque à son tour une surenchère expressive chez le bébé, à laquelle répond à nouveau le parent. Dans ce processus, c’est un ensemble d’éléments expressifs cohérents – un certain regard, une expression du visage, une intonation et une musicalité vocale, des mots, un rythme gestuel et une tonicité corporelle spécifiques – qui traduit l’émotion ; une émotion positive, comme la joie, se traduisant par une mimique souriante, une voix douce, un rythme calme, une tension relâchée et à l’opposé, une émotion négative, comme la colère, s’accompagnant d’une mimique fermée, une voix un peu aiguë, un rythme légèrement saccadé et une tonicité raidie...

Au début, le bébé n’a pas conscience de l’expression sur son propre visage, mais quand ces processus d’échanges de regards et d’émotions librement exprimées, variées, partagées et nommées sont cohérents et répétés, le parent transmet à son bébé quelque chose qui a trait à la signification.
En grandissant, le petit enfant accède alors à la capacité de se représenter les émotions et de pouvoir les exprimer : « je suis content », « je suis en colère » ...

Par contre, quand le parent présente des incohérences expressives – par exemple, il est fâché, mais ne se l’autorise pas et, malgré une mimique figée, il parle d’une voix douce – la discordance des signes brouille l’émergence du sens chez l’enfant. Ou encore, quand le parent n’est pas disponible pour l’enfant ou ne fait aucune mimique, le partage émotionnel est réduit, et le bébé vit une sorte de retrait émotionnel qui peut, s’il perdure, induire chez lui une capacité restreinte de représentation des émotions, voire des problèmes de développement.

La liberté d’expression émotionnelle des parents et la qualité/quantité de leur transmission au tout-petit sont donc déterminants dans la prise de conscience, la représentation et l’expression des émotions chez l’enfant. Ils le sont également dans l’apprentissage de leur régulation.

Dialoguer pour réguler ses émotions

Après 3 ans, il semblerait que l’apprentissage de cette régulation se fasse par la parole, dans les narrations de l’enfant, en interaction avec son parent. Le fait de raconter une histoire ou une anecdote permettrait à l’enfant de prendre du recul par rapport à son vécu émotionnel, mais la façon dont interagit l’adulte à cette narration serait déterminante dans cet apprentissage.

Quelques fois, le parent prête une oreille distraite et réagit peu au discours de l’enfant, mais d’autres fois, il s’intéresse au récit de l’enfant et le questionne, « Que s’est-il passé ?» –. Le parent stimule ainsi l’enfant à produire un récit équilibré entre les faits et le ressenti émotionnel : il aide l’enfant, non seulement à raconter l’histoire, mais à exprimer ses émotions au cours de l’histoire, ce qui favoriserait l’apprentissage de sa régulation.

Ces postures parentales auraient donc des conséquences différentes sur le rapport de l’enfant à l’émotion : l’enfant « apprendrait » non seulement comment réguler ses émotions (ou non), mais aussi quelles émotions peuvent être partagées, avec qui, et, s’il est important de les partager.

Références:

Un livre incontournable pour les 3-6 ans mais il peut plaire aussi dès 2 ans, pour découvrir et apprendre à gérer ses émotions:
- Livre pop- up, Maria Antilogus, La couleur des émotions (2014) Editions Quatre Fleuves
- La couleur des émotions : le cahier de coloriage

Un film d’animation:
- Vice Versa, Pixar