La fratrie ou les jeux de sentiments

La fratrie ou les jeux de sentiments

Les relations fraternelles sont empreintes de sentiments complexes et laissent rarement indifférent. Au sein de la fratrie, tous les jeux d’alliance et de conflit sont possibles. La plus part du temps, une tension entre frères et sœurs s’explique par l’alliance entre un enfant et un parent. Il est plus facile et surtout moins culpabilisant d’attaquer un frère ou une sœur qu’un parent.

Devant un même évènement, frère et sœur ne vont pas vivre la même histoire. De plus le vécu est toujours coloré par le rang dans la fratrie, le nombre d’enfants, le sexe, les alliances au sein de la famille, l’âge au moment de certains évènements marquants, les « secrets » partagés ou non...

Par ailleurs, la relation entre un parent et un enfant est unique. Tout enfant prend un sens particulier en fonction du moment où, pour chaque parent, il s’inscrit dans une vie individuelle, de famille ou de couple. Il y a des enfants qui « correspondent mieux » aux parents que d’autres (en raison du sexe, du rang occupé dans la fratrie...), ceux en qui ils se reconnaissent trop pour pouvoir les accepter, et enfin ceux très éloignés d’eux dans leurs réactions. Combien de fois n’entendons-nous pas : « Avec les mêmes parents et une éducation semblable, comment peut-on avoir des enfants si différents ? ».

La fratrie offre de nombreuses occasions de rivalités, de complémentarités, d’identifications et d’oppositions. Lieu d’amour et de haine, où l’on peut y vivre des affects bien différents, mais lieu d’apprentissage de la solidarité malgré les disputes et grâce à celles-ci. Tous ces mouvements d’amour et de haine aident l’enfant à se connaître et à connaître l’autre, à se construire sa personnalité. De ces expériences bonnes ou mauvaises, naîtront, s’affirmeront et enrichiront les capacités de l’enfant à développer des stratégies défensives pour parvenir à vivre avec les autres.

La jalousie

Ce sentiment est souvent décrit et largement étudié par les spécialistes de la psychologie infantile. Classiquement, l’agressivité peut être un moyen de tenter de chasser ce que l’autre reflète de soi et qu’on ne supporte pas. Mais la jalousie entre frère et sœur semble avoir pour fonction d’en appeler à la différenciation. La jalousie de l’ainé est non seulement liée à la privation de l’attention maternelle, à la perte de sa place unique mais aussi à tout ce qu’il observe comme changements autour de lui. Elle s’exprime envers le plus jeune, parfois même teintée de haine ou de vœux de mort avec la plus grande candeur « pas bébé, bébé à la poubelle ». Cette jalousie ne peut être évitée par les parents et ne doit pas l’être, il est important que l’enfant passe par ses affects pour apprendre, en se comparant, à se différencier de son frère ou de sa sœur, pour devenir lui-même.

La complicité

La complicité s’établit d’abord en dehors du regard parental, entre frère et sœur, alors que la jalousie se montre et s’exprime devant les parents.

L’alliance entre frère et sœur s’alimente d’intérêts communs et à partager, de convenir d’autres lois propres à leur groupe ainsi différentes des lois convenues par les parents et surtout de partager des secrets. Nicole Prieur, philosophe et psychothérapeute familiale, affirme « Dans la construction psychologique d’un individu, l’influence de la fratrie est bien plus grande que celle des parents. »

Pour conclure, le lien fraternel s’avère présent tout au long de notre vie de façon consciente ou inconsciente.

Références :

Angel S. Des frères et des sœurs, (1996) Ed. R. Laffont, Collection Réponses, Paris.
Gayet D. Les relations fraternelles : Approches psychologiques et anthropologiques des fratries. (1993) Ed. Delachaux et Niestle, Paris.
Peille F. Frères et Sœurs, chacun cherche sa place. (2011) Ed Hachette Pratique.
Prieur N. Arrêtez de vous disputer. Faut-il se mêler des conflits entre enfants ? (2005) Ed ; Albin Michel.
Prieur N. Petits règlements de compte en famille. (2009) Ed. Albin Michel.