Allaitement Maternel

Allaitement Maternel : Une décision intime

Dans nos pays industrialisés, une femme peut choisir entre l’allaitement au sein ou au biberon sans faire courir de risque à son bébé, ses motivations sont complexes. L’allaitement maternel constitue une fonction humaine essentielle qui engage profondément la mère dans une relation très particulière avec son bébé. L’influence de l’environnement et du statut socio-économique, culturel dans lequel s’inscrit le choix d’allaiter ou non son bébé est fondamental. Les opinions à propos de l’allaitement ont bien évoluées au fil des années, toutefois les professionnels de santé s’accordent sur le fait que l’allaitement maternel est bénéfique pour le nouveau-né et la maman. En effet, les bienfaits de l’allaitement sont connus et les taux de femmes allaitantes s’avèrent en constante augmentation. Nous observons de plus en plus d’initiatives créées pour la promotion et le soutien à l’allaitement maternel.

L’allaitement maternel est une expérience unique, avec un vécu propre à chaque maman, ainsi il découle donc d’un choix très personnel voir intime. L’allaitement semble être souvent un désir puis devenir un besoin ou parfois un devoir mais il faut éviter que l’allaitement maternel soit une obligation ou une contrainte.

Mais comment savoir si cela peut s’avérer être le cas pour soi même ?

Allaiter au sein ou au biberon implique des différences dans la gestuelle, la posture et les interactions biologiques, éthologiques, fantasmatiques et le lien d’attachement.

L’allaitement présente d’importants bienfaits : nutritionnels, physiologiques et psychologiques, à la fois pour le bébé et pour la maman. Si la mère désir allaiter, alors il sera favorable à la fois au bébé et à la maman en créant entre eux une relation sereine qu’ainsi qu’une solide complicité.

Le lait maternel est une référence pour l’alimentation du nourrisson pendant les premiers mois de sa vie. L’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS) recommande l’allaitement exclusif jusqu’aux six mois du bébé, le lait maternel à l’exception de tout autre ingesta, solide ou liquide, assure un développement optimal au nouveau-né puis au nourrisson. Il répond donc aux besoins nutritionnels du bébé et favorise sa croissance, le protège de certaines pathologies infectieuses et participe à la prévention de pathologies du futur adulte (obésité, diabète, hypertension).

De plus, l’allaitement, comme la grossesse, correspondent à des périodes importantes dans la vie d’une femme. La montée de lait après l’accouchement est le prolongement naturel de la grossesse. Le lait permet  une continuité entre la vie intra- et extra-utérine, une prolongation des interactions biologiques et montre qu’ « il y a plus de continuité entre la vie intra-utérine et la toute petite enfance que l’impressionnante césure de l’acte de la naissance ne nous donnerait à croire » (Freud, 1926).

Le bébé allaité, dans la proximité et sous le regard attentif de sa mère, se développe dans les meilleures conditions possibles. Il satisfait ses besoins élémentaires : besoins alimentaires mais également besoins de sécurité, de proximité, de contact corporel et besoins affectifs.

L’allaitement permet une série d’interactions précoces dans la relation mère-enfant, équivalente à une forme de communication où la mère répond aux besoins de l’enfant par l’accroche du regard mutuel lors de la tétée, ce qui favorise un lien affectif spécifique d’attachement entre la mère et l’enfant.

Par ailleurs, l’allaitement maternel peut offrir une présence chaleureuse, sécure, aimante et réconfortante au nourrisson. Les multiples contacts peau à peau procurant un sentiment de tendresse, permettraient au bébé de s’endormir sereinement. Se développe chez l’enfant, grâce à cette relation, un sentiment très fort de sécurité et de protection face au monde qui l’entoure, indispensable pour grandir et devenir autonome et indépendant par la suite.

L’allaitement peut également protéger l’enfant contre des effets psysiologiques et émotionnels négatifs de sa maman souffrant d’un baby-blues ou d’une dépression post-partum.

Comment vous aider à prendre la décision d’allaiter ou non ?

Sein ou biberon est la première décision que la jeune maman doit prendre, choix profondément intime qu’il convient de respecter.

Avant de débuter l’allaitement, chaque maman a sa propre représentation de l’allaitement maternel, bonne ou mauvaise. Celle-ci a été façonnée en majeure partie par l’entourage, le système de soins mais également la société, les médias.

De prime à bord, les femmes choisissent l’allaitement pour les bénéfices qu’ils apportent à leur enfant notamment au niveau immunitaire et affectif mais également pour une question de praticité. Pour la majorité des mamans, l’allaitement est ressenti comme un épanouissement personnel et l’entrée dans leur rôle de mère. Cependant, la douleur engendrée par des crevasses ou autres pathologies sénologiques semble être le frein principal à ce choix.

L’allaitement maternel demande un investissement important et des efforts de la part des mamans ; une disponibilité totale, chronophage. C’est pourquoi, l’état psychique de la mère a toute son importance dans la prise de décision. La mère ne donne pas seulement du lait mais offre beaucoup plus : de la relation, du contact, de la sensorialité...l’essentiel est que ce soit harmonieux, en toute quiétude, que la mère soit en accord avec elle-même, avec son choix, que son choix soit bien le sien. L’entourage peut faire douter et remettre en question ce choix mais la mère doit suivre ses idées ainsi que ses sensations.

Ce choix intime peut dépendre de quelques facteurs psychologiques :

  • le rapport qu’entretient la mère avec son propre corps et en particulier avec ses seins. L’allaitement nécessite une mise à nu de la maman au sens propre comme au sens figuré. Certaines femmes ont du mal à oublier l’aspect « sexualité » de la poitrine. La pudeur peut être un frein à l’allaitement.
  • l’histoire de chaque femme, de sa sexualité, de son propre rapport à sa mère, si elle a vu des femmes allaiter autour d’elle ou non, si elle même a été allaitée.
  • Les rivalités conscientes ou inconscientes qui entrent en jeu dans l’allaitement et qui peuvent être complexes à gérer pour le couple. Ainsi que le rôle du père dans l’allaitement, premier soutien.

L’accompagnement des futures mères

Pendant leur grossesse, les femmes s’informent sur de nombreux sujets dont l’allaitement maternel. Elles se documentent par le biais de livres, d’internet (sites, forums) mais aussi par l’entourage familial, social ou par des professionnels de la santé (gynécologues, sages-femmes, kinésithérapeutes, psychologues...). Les séances de préparation à l’accouchement peuvent également être source d’informations sur l’allaitement maternel.

L’accompagnement par le personnel soignant est primordial, il doit être personnalisé, empathique et soutenant pour la mère en devenir. C’est pourquoi, consulter une sage-femme spécialisée en allaitement-lactation pourra aider la jeune mère à déterminer le meilleur choix pour elle, le plus adapté dans le respect de ses convictions, ses souhaits,  sa situation familiale et personnelle... Les professionnels en allaitement maternel sont là pour accompagner les futures mères et les mères, avant comme après la naissance, pour leur permettre de prendre une décision dans les meilleures conditions possibles en ayant des informations claires et objectives sur la pratique de l’allaitement et ses bénéfices.

Pendant l’hospitalisation, les mamans ont besoin d’être rassurées, écoutées et aidées, surtout lors d’un premier allaitement. Le rôle du personnel soignant est d’aider les mamans dans leur allaitement, par des conseils, l’aide à la position du bébé, l’aide à l’expression du lait...

Les vertus de l’allaitement sont bien souvent connues des mamans et les amènent parfois à choisir ce mode d’alimentation pour leur enfant. Mais la poursuite de l’allaitement est inhérente au bon déroulement de celui-ci ainsi qu’à la qualité de l’accompagnement des professionnels de santé (sages-femmes, gynécologues, psychologues...) Pour qu’il n’y ait pas de décalage entre la représentation de l’allaitement et son vécu, il est important qu’il soit présenté comme une capacité à acquérir plutôt que quelque chose d’inné et de naturel pour la femme.

Les parents doivent être soutenus dans la compréhension du comportement de leur nourrisson, pour acquérir progressivement une autonomie ainsi qu’une confiance en eux. Le soignant présent accompagne, tout en garantissant la sécurité médicale.

Dans notre société, on observe un véritable retour en grâce de l’allaitement maternel, une idéalisation de l’allaitement, ce qui peut entrainer une culpabilisation des mères qui ne font pas ce choix, et pensent être des « mauvaises mères ». Cependant, allaiter son enfant au sein ne fait pas d’une femme une « bonne mère » et inversement. La bonne mère est celle qui nourrit son bébé comme elle a décidé de le faire et qui est satisfaite de le faire. Un mot clé s’écouter et écouter son bébé !

Références bibliographiques :

  1. Lebovici et al., « Le sein et les seins », Psychiatrie de l’enfant, XXXIII, n° 1, 1990, p. 5-36, et E. Buzyn, « Les avatars de la relation maternelle primaire sur le développement précoce de la psychose », dans Le bébé dans tous ses états, dirigé par M. Szejer et R. Frydman, Odile Jacob, 1998 ; V. Wairy, « Signification de l’alimentation pour le bébé », Le journal des psychologues, avril 2001.

Hélène Parat, dans L’érotique maternelle. Psychanalyse de l’allaitement (éditions Dunod, 1999), analyse l’allaitement dans le cadre théorique de la psychanalyse freudienne classique.

  1. Szejer, N. Czechowski, « L’art de nourrir les bébés » (Editions Broché, 2008).

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