Etre parent aujourd'hui

Etre parent aujourd’hui

Au cours des quarante dernières années, il est évident que le monde a changé dans bien des domaines concernant la vie familiale et l’éducation des enfants. En effet, il n’y avait pas d’enfants qui jouaient aux jeux vidéo violents ou qui étaient connectés à internet sur tablette ou Smartphones. Par ailleurs, il y avait peu de parents élevant seuls leurs enfants, de « papa poule », de mères carriéristes et de familles recomposées. Ces situations ont donc contraint à réinventer la fonction parentale.

Les parents ont vu leurs références éducatives radicalement évoluer. L’éducation reçue de ses propres parents n’est plus forcément prise comme exemple et à reproduire. On oublie parfois combien le modèle traditionnel de la famille a été ébranlé par la diversification croissante des configurations familiales.

Les situations familiales sont devenues multiples inhérentes à une série d’évolutions plus ou moins liées : déclin du mariage, fragilisation des unions, multiplication des situations de monoparentalité et des familles recomposées, émergence des familles homoparentales, recours au don de gamètes, la montée en puissance du travail des femmes...

L’ensemble de ces transformations semble contribuer à dénaturaliser la fonction parentale, en mettant en évidence que celle-ci comporte plusieurs dimensions dissociables. Le parent biologique (les géniteurs), le parent social (celui qui élève l’enfant au quotidien) et la parenté généalogique (qui inscrit l’enfant dans une lignée) ne sont pas nécessairement la même personne, même si cela a longtemps été le cas. Etre parent ne peut plus être vu comme un rôle qu’il suffirait d’endosser mais plutôt comme une activité à construire au quotidien.

Etre parent

Le terme de « parentalité » a vu le jour dans les années 50 mais s’est imposé à l’orée des années 1990, pour désigner le processus de développement des parents, avant tout dans sa dimension psychoaffective. Dans d’autres termes, le fait d’être parent est moins un état qu’un processus, qui concerne autant le père que la mère. La parentalité prend place dans toute une série de contexte (juridique, culturel, socio-économique, etc.) mais se vit également au quotidien.

Etre parent, n’a rien de naturel et n’est pas à confondre avec les processus biologiques qui contribuent à la fécondation et à l’enfantement. On ne naît pas parent, on le devient. De façon plus triviale : être parent, ce n’est pas « faire » un enfant.

 La notion de « désir d’enfant » se trouve essentielle et amène l’adulte à penser à sa propre enfance. Au cours des premières années de vie d’un enfant et pendant la période œdipienne, l’enfant doit renoncer à avoir un enfant avec son parent et remettre à plus tard l’accomplissement de son désir.

Par ailleurs, le temps de la grossesse correspond à un état physique mais aussi psychique ; c’est un temps pendant lequel chaque parent va accomplir une sorte de « voyage intérieur » à la recherche de son vécu familial passé pour réorganiser sa propre identité conjugale et parentale.

Retrouver l’enfant qu’on a été, qu’on aurait voulu être. Retrouver les sensations du bien être primaire du bébé pour pouvoir y renoncer pour soi-même afin de pouvoir satisfaire son enfant : c’est ainsi que les besoins du bébé auront priorité sur ses propres besoins primaires, l’adulte se satisfaisant du plaisir donné à son enfant.

Retrouver les parents qu’on a eus, ceux qu’on aurait aimé avoir... pour construire sa propre identité de père et de mère. L’indépendance vraie acquise vis-à-vis de ses propres parents permet à l’adulte d’accéder à une parentalité libre qui pourra se tourner vers les besoins du bébé à venir.

Dans la majorité des cas, ce voyage psychique s’effectue sans dommage car les expériences anciennes ont été suffisamment positives. Cependant, ce voyage psychique peut s’avérer être périlleux pour certains adultes quand leur propre enfance a été marquée par des traumatismes, des angoisses lourdes etc.

Les besoins de l’enfant vont évoluer depuis l’attachement parents – enfants (période fusionnelle) jusqu’à l’autonomie totale de l’enfant avec sa capacité à devenir responsable de lui même et à s’inscrire dans des échanges sociaux.

Les premières semaines et premiers mois de vie, la jeune mère se trouve dans un état psychique appelé « préoccupation maternelle primaire » selon Winnicott. Cet état correspond à la capacité particulière des mères à ressentir les besoins de leur enfant. Le bébé a besoin de cette contenance psychique exercée par l’adulte qui est présent, prêt à répondre à ses besoins, capable de rassurer et nommer les expériences vécues. On parle là d’un ajustement de qualité nécessaire pour permettre à l’enfant de construire ses premières expériences dans la sécurité affective. Winnicott a parlé de « mère suffisamment bonne » ce qui n’est pas une mère parfaite mais suffisamment adaptée et présente.

Peu à peu, et soutenue par le père, la mère va créer des écarts entre les demandes du bébé et ses réponses. Le bébé va alors devoir perdre quelques illusions sur le « paradis perdu » : sa mère et lui-même ne sont plus confondus.

Le rôle du père est ici essentiel : il aide la mère et l’enfant à gérer cette séparation, soulignant que l’enfant ne peut pas grandir en rester collé à sa mère. La mère elle-même retrouve ses intérêts d’avant et notamment le lien conjugal. Les parents vont soutenir les progrès de l’enfant (notamment moteurs qui permettent l‘éloignement), encourager et féliciter mais aussi rassurer, consoler.

Cette première période nous renvoie à la description des mouvements internes vécus lors de la grossesse. Elle suppose que les deux parents puissent accéder à une parentalité adulte et une qualité du lien permettant la confiance entre eux.

L’instauration des premières limites

La tâche des parents consiste à soutenir le passage du primat du désir et plaisir immédiat (« je veux tout et tout de suite ») à la capacité de s’inscrire dans la réalité et l’échange social. Cela suppose d’avoir envie de voir son enfant grandir, pouvoir l’aider à franchir les étapes de son évolution, soutenir les progrès mais aussi donner des limites.

Les désirs des enfants sont sans fin, alimentés par une vie pulsionnelle qui est aussi le gage de leur force de vie. Cette force a besoin d’être en quelque sorte « canalisée » pour permettre à l’enfant d’accéder à d’autres niveaux de fonctionnement : l’enfant pourra alors éprouver du plaisir dans l’attention, la concentration sur un jeu (et plus tard un travail), la satisfaction de mener au bout une réalisation etc.

Les enfants sans limites éducatives sont souvent des enfants très excités, agités, ne pouvant se poser sur une quelconque activité. Ils sont aussi très anxieux, car ils n’ont pas acquis un sentiment de sécurité et de confiance vis à vis de leur entourage, ils « guettent » les dangers et fonctionnent sous le mode de la loi de la jungle. En l’absence de loi et d’interdits posés, la loi du plus fort s’installe. C’est une loi terrible laissant craindre sans arrêt de subir l’agressivité d’autrui. Dans ces situations, beaucoup d’enfants agressent en premier par crainte de subir la même chose de la part des autres.

Du côté des parents, donner des limites suppose de :

  • Comprendre que le moment est venu d’aider l’enfant à grandir et de le guider dans l’apprentissage de la vie sociale.
  • D’avoir intégré ces interdits soi-même et de permettre à l’enfant de s’identifier à des adultes qui maîtrisent (le plus souvent du moins) leur vie pulsionnelle. Cela n’a aucun sens d’agir brutalement vis-à-vis d’un enfant pour lui interdire toute expression agressive : cela lui apprendrait que seul l’adulte a le droit d’être violent !
  • D’exprimer les interdits et limites de manière persévérante sans se lasser devant le comportement de l’enfant : ce dernier a besoin de répétitions pour intégrer peu à peu des règles dont il ne comprend pas le sens au départ.
  • D’exprimer ces interdits de façon cohérente, ce qui suppose que les parents (ou les adultes qui prennent l’enfant en charge) ne se contredisent pas devant l’enfant ou que les règles ne changent pas d’un jour à l’autre.
  • D’être à l’aise avec la notion d’autorité : certains adultes sont un peu perdus face à cette notion, il faut alors « revisiter » le modèle éducatif pour s’en créer un à soi.

La place de parent a sensiblement évolué dans notre société, la famille a connu des changements notables. Le nombre de séparation des parents entraine aussi des recompositions où la place des parents, beaux-parents, demi frères et sœurs, est interrogé. Eduquer est une des taches « impossibles » disait Freud à des mères venues lui demander comment ne pas faire d’erreurs. C’est une aventure humaine essentielle que d’aider un enfant à se construire sur des bases psychiques, affectives et sociales.

Références :

Etre parent aujourd’hui, Alain Braconnier, Ed. Odile Jacob, 2013.
La fonction parentale, Pierre Delion, Yakapa.be, 2007.
L’autorité expliquée aux parents, Claude Halmos, Essai, Livre de Poche, 2011.
Parler juste aux enfants, Françoise Dolto, Danielle Marie Lévy, Le petit Mercure, 2003.
La mère suffisamment bonne, D-W Winnicott, Payot, 2006.
http://www.kannerschlass.lu/eltereschoul/
SOSparentsLuxembourg